L’environnement est probablement le handicap le plus lourd auquel doit faire face l’archipel, le domaine dans lequel il est nécessaire de travailler le plus rapidement : quand on veut accueillir des hôtes étrangers chez soi, on commence par faire le ménage. Et Dieu sait qu’il y a à faire sous le soleil des Iles de la Lune ! Les touristes sont friants d’exotisme, mais ils n’aiment guère le désordre. La plage de Mustsamudu à Anjouan, les rues de Moroni en Grande Comore, et même l’opulente Mayotte offrent un spectacle à faire fuir n’importe quel touriste. Ce qui peut s'expliquer aux Comores par le manque de moyens évident, devient incompréhensible à Mayotte. Seule, Mohëli est encore un peu épargnée, même si la plage de Fomboni n’est pas un modèle de netteté. Le retard dans le développement de cette île devient ici un atout : les déchets ménagers n’ont pas encore asphyxié la nature Avant de vendre des joyaux, on les dégage de leur gangue de terre et de déchets. C’est ce travail qu’il faut effectuer de toute urgence. Evidemment, les moyens manquent ! D’autres projets arrivent pourtant à trouver des financements. Dans chacune des trois îles, des pancartes aux slogans énergiques rappellent l’importance de la protection de l’environnement, mais la plus élémentaire des structures, le ramassage des ordures ménagères, attend toujours de naître. A Mutsamudu, une tentative a été faite. Une entreprise a été choisie pour remplir ce rôle : elle attend toujours d’être payée. Il ne faut pourtant pas faire preuve d’une imagination débordante pour envisager ce que pourrait être Mutsamudu et sa plage de plus d’un kilomètre de sable noir : un véritable coin de paradis, pour peu qu'on donne un coup de neuf aux façades qui longent l'océan. Mutsamudu (et Anjouan) est d’ailleurs tout à fait à même de devenir le fer de lance de ce nouvel axe de développement, réunissant tous les atouts : sa longue plage de sable, une médina où les visiteurs pourraient se promener et faire leurs achats, le point de départ vers de nombreuses randonnées... De plus, la capitale de l'Ile a une tradition d’ouverture vers le monde, l’activité de son port est là pour en témoigner. Enfin, le voisinage de Mayotte, l’Eldorado local, lui permet d’espérer attirer les français de métropole dont le nombre est en constante augmentation et de profiter des infrastructures présentes ou à venir (aéroport capable d’accueillir des gros porteurs et donc des vols directs de France). Une infrastructure balbutianteCôté infrastructures d'accueil répondant aux attentes d'un "touriste moyen", on peut dire que tout est à faire. Grande Comore disposait d'un hôtel de "standing", le Galawa Beach. Des difficultés financières l'ont acculé à la fermeture. Mutsamudu avec l'hôtel Al Amal, propose un service tout juste correct (n'oublions pas que les touristes sont très exigeants en ce qui concerne l'hébergement et le contenu de leur assiette). De plus, cet établissement est en travaux : pour combien de temps? Sur Mohéli, l'ensemble de bungalows, "Mohéli Bungalows", à Nioumachoua, est très acceptable et reste la structure d'accueil la plus "stable". Ajoutons que les investisseurs ne se bousculent pas : gérer les rapports avec des pouvoirs qui se succèdent au rythme des saisons relève de l'exploit diplomatique, pour des retombées économiques plus qu'aléatoires. 
Bungalows de Ouallah II, construits et gérés par les habitants à Mohéli où l'on a compris ce que pouvait attendre le voyageur : un habitat simple,
traditionnel, dans un environnement aussi naturel que possible. On peut faire le même constat dans le domaine de la restauration : sur l'ensemble des trois îles des Comores indépendantes, on ne peut guère compter plus d'une dizaine de restaurants. Deux obstacles au développement de ce secteur : les difficultés d'approvisionnement et le faible nombre de touristes. On entre alors dans un cercle vicieux. Autre raison, apparemment plus futile : le blocage concernant l'alcool, lié à la religion. N'oublions pas que tourisme veut dire vacances, vacance est synonyme d'amusement et dans la culture occidentale la fête va souvent de paire avec la consommation d'alcool. Ceci dit, il n'y a pas que les occidentaux qui fassent du tourisme. Les récents développements en prévision sont proposés par les pays arabes (maj 2010).
Il est un autre paramètre à prendre en considération : les prix! Le cours du franc comorien est alligné sur celui de l'euro. Cette aide indirecte indéniable apportée à l'origine par la France et dont a hérité l'Europe a un côté pervers : le cours du franc comorien est largement surévalué par rapport aux véritables performances économiques du pays et représente donc, paradoxalement, une monnaie "forte" par rapport aux monnaies environnantes : le shilling tanzanien, le franc malgache ou le métical du Mozambique. Les prix pratiqués sont donc finalement plus élevés que dans ces pays. De plus, au moins en matière d'hébergement, les prix comoriens ont tendance à s'aligner sur ceux pratiqués par le voisin le plus proche : Mayotte. C'est là que le bât blesse : les prestations proposées sont loin, très loin de correspondre aux prix pratiqués, et finissent par faire des Comores une destination "onéreuse" par rapport aux autres pays de la région. Ainsi, s'il est possible de se loger pour moins de 10 dollars (environ 7,50 euros) à Zanzibar (qui fait figure de Côte d'Azur dans la région), 5 euros en Tanzanie (en dehors des zone fortement touristiques) ou à Madagascar, il est quasiment impossible de trouver une chambre d'hôtel à moins de 20 euros sur les Iles de la Lune, pour des prestations au mieux équivalentes. Si l'on peut comprendre que l'on tente de gagner sa vie avec le tourisme, il ne faudrait pas prendre le voyageur pour une "vache à lait" et un pigeon et savoir raison garder. Autre exemple : la course en taxi qui emmène le nouvel arrivant de l'aéroport à Moroni est facturée 15 euros, alors qu'une course courante d'une distance équivalente sur un autre trajet, ne coûte guère plus d'un euro et demi. Cela rappelle fâcheusement la forme d'apartheid pratiqué à Dar-es-Salam où le trajet Dar-es-Salam vers Zanzibar sera facturé 7,5$ pour les "résidents" et 25$ pour les étrangers. Il n'y a pas d'autre moyen utilisé que la couleur de la peau pour "faire le tri" entre les voyageurs. Etrange pratique qu'il serait dangereux de généraliser! Globalement, on peut considérer que le coût d'un séjour est à peu près deux fois plus élevé aux Comores que dans les autres pays de la région. Inquiétant. Plutôt que d'emboîter le pas du voisin mahorais, les Comoriens feraient bien d'étudier les autres offres touristiques régionales et tenir compte du fait que Mayotte constitue une particularité qui "pipe" le jeu. Le premier réservoir à "touristes" est constitué par le nombre croissant de métropolitains qui vivent à Mayotte. La proximité fait des autres îles une destination évidente... tant qu'elle reste concurrentielle : les nouvelles lignes qui s'ouvrent , vers des destinations plus attrayantes, (Zanzibar, Mozambique, par exemple) risquent fort de les éloigner de leur voisins les plus proches. L'accueilSi l'accueil par la population est particulièrement chaleureux, il n'en va pas forcément de même avec les autorités, notamment à Moroni où l'on peut se trouver face à un sentiment anti-français clairement exprimé. Or, les premiers ambassadeurs d'un pays, ce sont les autorités qui accueillent les visiteurs au port ou à l'aéroport. Si le touriste se trouve mis en accusation par l'officier du port en désaccord avec la politique de la France aux Comores, il n'a guère envie de s'attarder ni de revenir. D'autant qu'il n'y peut n'y rien connaître et qu'il n'est du tout pas venu là pour ça... En revanche, la population (et les commerçants) sont particulièrement attentifs au bien-être de leurs visiteurs. Très fiers de leur culture, il sont très heureux de faire pénétrer les secrets de leur pays, leurs traditions, s'ils sentent que le visiteur s'y intéresse.
|