Les autorités ont les nerfs à fleur de peau dès qu'un journaliste donne la parole à l'opposition ou fait part des revendications de la société civile. Le spectre du coup d'Etat hante le gouvernement du colonel Azali et toute information susceptible, à ses yeux, de constituer une atteinte à l'ordre public ou à la stabilité du pays est sévèrement réprimée.
La presse comorienne connaît des hauts et des bas. De nouveaux journaux sont créés tandis que d'autres cessent de paraître au gré de remous politiques incessants et d'une activité économique encore instable. Ainsi, en 2003, un quotidien privé a disparu, mais une nouvelle agence de presse indépendante a commencé à diffuser des bulletins d'informations.
Les médias d'Etat fonctionnent tant bien que mal, à coups de subventions publiques ou de programmes de coopération avec les diplomaties étrangères. Dernière en date, la Chine a offert de nouveaux locaux à Radio Comores en avril.
Trois journalistes incarcérés
Le 1er août 2003, Abdou Djibaba et Ali Mselem , respectivement directeur et rédacteur en chef de Radio Ngazidja , la station officielle de l'île de la Grande Comore, sont arrêtés à Moroni. Deux jours auparavant, la radio avait diffusé un éditorial affirmant que le travail de certains magistrats ne faisait pas "honneur à la justice". Après quarante-huit heures de garde à vue, Abdou Djibaba est mis en liberté provisoire, mais doit se présenter au juge deux fois par semaine. Ali Mselem, auteur de la chronique incriminée, est placé sous mandat de dépôt pour "outrage à magistrat". Il n'est libéré que deux mois plus tard et reste sous contrôle judiciaire.
Le 22 septembre, Morad Aït-Habbouche , journaliste français en reportage pour la chaîne de télévision Canal Plus , est arrêté à son hôtel de Moroni et conduit dans les locaux de la gendarmerie. Venu prendre des nouvelles du reporter, l'avocat et opposant Saïd Larifou est interpellé à son tour quelques heures plus tard. Le 23 septembre, ils sont tous deux inculpés de "tentative de coup d'Etat". Le 27, Morad Aït-Habbouche est libéré et prend l'avion pour la France. L'avocat est relâché quelques semaines plus tard.
Une journaliste interpellée
Le 2 octobre 2003, Antufati Soidri , correspondante sur l'île de Moheli de l'hebdomadaire Al-Watwan , passe quelques heures à la gendarmerie sur ordre du procureur de la ville de Fomboni. La journaliste avait reproché à ce dernier de ne pas respecter "la liberté d'expression reconnue par la Constitution" après qu'il ait fait interpeler une chanteuse parce que celle-ci dénonçait "certaines malversations en cours dans les tribunaux".