Que du monde ! Environ 4 000 participants selon
Télé-Mayotte, au moins 10 000 selon les organisateurs. Le moins
qu'on puisse dire, c'est que toutes les prévisions ont été
largement dépassées et que cette marche pacifique a battu tous les
records de participation à des manifestations jusqu'ici organisées
sur l'île au lagon.
Les gens étaient venus de tous les coins, en camion
pour la plupart, pour converger vers le stade de Kavani, point de
départ et d'arrivée du cortège après un tour à la rocade à
Mamoudzou.
Dans la marrée humaine, on brandissait des
banderoles et on scandait des slogans hostiles à l'organisation
panafricaine qui a mis en vigueur depuis un peu plus de quatre mois
un embargo total contre Anjouan, à la suite de l'obstination des
autorités séparatistes à ne pas signer l'Accord d'Antananarivo.
Le président du Comité de Soutien et de Liaison
d'Anjouan, Kamaroudine Abdallah, a déclaré que l'objectif de la
manifestation était "d'alerter l'opinion internationale sur le
génocide organisé par l'OUA" au grand dam de la population
civile innocente et de tenter de briser le mutisme qui entoure "ce
scandale".
La manifestation s'est achevée sans incidents, n'en
déplaise au Groupe de Réflexion des Comores (GRDC), qui souhaitait
organiser une contre-manifestation. Ce groupuscule composé
d'Anjouanais militant pour le retour de Mayotte et d'Anjouan dans le
giron comorien a en marge de la marche pacifique distribué des
communiqués dans lesquels il a qualifié les autorités séparatistes
de manipulatrices de la population, les a désignées pour
responsables de l'embargo et a appelé à une solution militaire pour
mettre fin au séparatisme.
Vers la mise en place d'une solidarité
internationale pour la levée de l'embargo
Pour le président du Comité de Soutien et de
Liaison d'Anjouan, la manifestation n'a aucun but politique: "il
s'agit de défendre les droits humanitaires".
A souligner qu'une personnalité politique
française, le Sénateur RPR Edmond Lauret, a apporté "sa
solidarité" au combat humanitaire du Comité de Soutien et de
Liaison d'Anjouan. Arrivé samedi, le Sénateur Lauret a fait savoir
qu'il était venu pour participer à la marche pacifique et se rendre
compte de l'ampleur du "scandale" afin d'en sensibiliser
les parlementaires français et européens.
La levée de l'embargo, c'est aussi l'objectif de la
Fondation Anjouanaise des Droits de L'homme (FADH). Son président
Ahmed Mohamed Allaoui, qui justifie sa présence à Mayotte par la
"nécessité de mener, en collaboration avec toute personne
éprise de paix, des actions visant à appeler toutes les
organisations internationales et tous les pays impliqués dans le
dossier sur la crise comorienne au respect des droits humanitaires
internationaux dont sont signataires l'OUA et l'Etat comorien",
a participé à la manifestation du samedi.
Le responsable de la FADH estime que l'embargo de
l'OUA sur Anjouan "est en flagrante violation des droits
humanitaires non dérogeables" que sont les droits à la
sécurité, à la vie et à la santé "dont aucune cause ne peut
justifier l'atteinte".
Or, à Anjouan, fait-il remarquer, la vie de la
population "est en danger" dans la mesure où les
structures sanitaires notamment ne fonctionnent plus, du fait de la
mise en quarantaine de l'île. Selon lui, les enfants, les malades,
les personnes âgées et les femmes enceintes ou allaitantes
constituent la catégorie la plus touchée par "cette forme de
violence".
Il souhaite, conformément au décret onusien
proclamant l'an 2 000 année de la paix, que le dialogue et la
concertation puissent être favorisés car "une solution
arrachée par voie d'embargo ou de toute autre forme de violence,
dit-il, ne peut pas être durable".
Au bureau du Comité de Soutien et de Liaison
d'Anjouan, l'on souhaiterait que la mobilisation massive du samedi ne
puisse pas alimenter le débat sur l'immigration, estimant que le
développement économique d'Anjouan reste la seule alternative pour
lutter efficacement contre l'immigration clandestine.
A rappeler que l'île d'Anjouan a proclamé le 3
août 1997 son retrait de la République Fédérale Islamique des
Comores. Depuis, malgré de nombreuses négociations de
réconciliation tentées par l'OUA, les séparatistes ont opposé une
ferme intransigeance à toute proposition fédéraliste comme
solution à la crise institutionnelle comorienne.
Dans le milieu des observateurs des réalités
comoriennes, on tente d'expliquer l'échec de l'OUA dans sa médiation
sur la crise comorienne, par le fait qu'elle ne prend pas assez en
compte les dimensions historiques et sociologiques de ces îles
hétérogènes dont l'unité politique ne remonte qu'à une date très
récente, sachant que la solution ne sera durable que si elle émane
de la forte volonté des populations de vivre ensemble.
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