Dans la nuit de lundi à mardi 21 mars 1999, une
faction de militaires conduits par deux des fils du défunt président Abdallah a tenté de prendre le pouvoir, profitant d'un voyage du
colonel Azali à la Mecque et en Arabie Saoudite. Après quelques
échanges de coups de feu, la prise de la radio et de la poste
centrale, les militaires des Forces armées comoriennes restés
fidèles au pouvoir en place ont arrêté les insurgés qui ont rendu
les armes sans effusion de sang. Le colonel Azali paraît assez sûr
de son emprise sur le pouvoir au sein des restes de la République
fédérale islamique des Comores.
En effet, en dépit d'une tentative de putsch
perpétrée par deux des fils de feu Ahmed Abdallah, la dix-neuvième
depuis l'accession de ce pays à l'indépendance en 1975, l'actuel
chef de l'Etat comorien n'a pas précipité son retour à Moroni. Il
serait actuellement reçu par les autorités d'Arabie Saoudite, après
avoir accompli un pèlerinage à La Mecque. Le colonel Azali est
attendu à Moroni en fin de semaine. En son absence, une faction de
militaires hostiles à son régime et dont on pensait, hier au départ
à Moroni, qu'ils étaient favorables au colonel Mahamoud Mradabi,
ex-directeur des hydrocarbures, limogé l'an dernier par le colonel
Azali, a tenté d'abattre le régime putschiste instauré par
l'actuel maître de Moroni, le 30 avril 1999.
Le colonel Azali avait depuis belle lurette placé
sous surveillance les remuants fils du président Abdallah. De fait
la tentative de putsch avortée a, entre autres, conduit à
l'arrestation de Mahmoud Ahmed et à celle d'Abderahmane Abdallah,
lieutenant des FAC qui n'avait jusqu'alors pas manifesté de grande
ambition politique, contrairement à son frère Soilih Raffick, qui
avait été blessé, il y a quelques années, d'une balle dans la
cuisse, lors d'un "coup" manqué, par l'un des anciens
lieutenants de Bob Denard, Dominique Malacrino, alias "commandant
Marquès".
Ce dernier se trouverait actuellement sur la zone.
Les autres membres de la fratrie Abdallah sont actuellement hors des
Comores: Cheik est à Paris; Nassouf, ambassadeur des Comores, en
République sud-africaine. En fin d'après-midi, la piste Mahamoud
Mradabi semblait devoir être abandonnée, son fils, capitaine de
gendarmerie, participant lui-même aux opérations visant à
l'arrestation des insurgés. Il apparaîtrait même que son nom
aurait été invoqué par les officiers putschistes pour motiver
leurs troupes à agir contre un "coup de main" attribué au
même Mradabi, et donc pour défendre le pouvoir d'Azali !
L'ancien ministre des Finances, Saïd Saïd
Hamadi recherché
La tentative de putsch avortée a, finalement
conduit entre autres, deux des fils de l'ancien président Ahmed
Abdallah, et les a accusés d'avoir mené la tentative de putsch
avortée mardi au profit d'un ancien ministre des Finances, Saïd
Saïd Hamadi.
C'était une tentative de soulèvement de quelques
officiers subalternes entraînés par le capitaine Abderemane Ahmed
Abdallah (...) contre le régime en place" et "en faveur de
Saïd Saïd Hamadi", a annoncé le cabinet de la présidence
comorienne dans un communiqué daté de mardi.
Le capitaine
Abderemane Ahmed Abdallah, son frère Mahamoud Abdallah, le
"lieutenant Amdjad" (sans plus de précision) ainsi qu'un
Français originaire de l'île française de la Réunion, Daniel
Clerino, ont été arrêtés, ce dernier pour "complicité avec
les auteurs présumés du soulèvement".
Le communiqué
ajoute que trois autres personnes en fuite sont "activement
recherchées", sans préciser le sort de M. Saïd Hamadi, dit
"Laguerra".
Cette tentative de putsch a été perpétrée tôt
mardi matin alors que le colonel Azali effectuait le pèlerinage de
la Mecque, en compagnie d'officiers supérieurs qui lui sont
fidèles.
Des tirs d'armes automatiques ont été entendus par
des habitants vers 04H00 mardi matin (01H00 GMT) aux abords
d'Itsandra, un village situé à 2 km au nord de la capitale, à
proximité du principal camp militaire du pays, Kandani.
Selon plusieurs témoignages recueillis par le
correspondant de l'AFP, ces échanges de coups de feu ont duré près
de trois quarts d'heure.
On ignorait mercredi si ces combats avaient fait des
victimes.
Le calme règne à Moroni depuis cette tentative de
putsch dont les Comoriens n'ont eu connaissance que par la radio.
Cette opération était connue de longue date et des
tentatives de dissuasion par le dialogue ont été faites à maintes
reprises", précise le communiqué du cabinet du colonel Azali.
Selon un membre de l'état-major, des arrestations
pourraient avoir lieu au sein de l'opposition politique dans les
heures ou les jours à venir.
L'opposition démocratique inquiétée ?
Abbas Djoussouf, ancien Premier ministre sous la
présidence de Tadjidine ben Saïd Massounde, renversé en avril par
le colonel Azali, a été convoqué mercredi à la gendarmerie. Mais
cet homme qui est aujourd'hui l'un des dirigeants de l'opposition au
régime militaire, a déclaré à l'AFP qu'il ne s'y rendrait pas;
"A moins qu'ils viennent eux-même me
chercher", a-t-il précisé. Saïd Saïd Hamadi était ministre
des Finances du président Mohamed Taki Abdoulkarim. Après la mort
de ce dernier en octobre 1998, il avait engagé une procédure
constitutionnelle pour tenter d'assurer l'intérim, en vain.
Daniel Clerino, lui, avait déjà été entendu par
la police dimanche 19 mars et son passeport lui avait été
confisqué, précise le cabinet. Il a été arrêté mardi après-midi
dans un hôtel. Les trois personnes "activement recherchées"
sont "le lieutenant Dahilou, surnommé Delami", "le
sergent-chef Rosali" et un "Européen" dont l'identité
n'a pas été révélée, se contente d'indiquer le cabinet de la
présidence.
Le pouvoir du colonel Azali n'a été reconnu par
aucune organisation internationale.
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