LE FIGARO. – Cette première visite en France d'un président comorien depuis l'indépendance signifie-t-elle que les relations sont enfin normalisées ? Assoumani AZALI. – Nous l'espérons. Pour nous, l'invitation de Jacques Chirac traduit cette approche. Nous avons toujours eu des relations. La France est, avec la Libye et la Chine, l'un des Etats qui entretient une ambassade à Moroni. Mais c'est vrai que ces dernières années, nos relations étaient au plus bas. La France ne fréquente pas de régime infréquentable, nous répondait-on alors. C'était une façon de nous dire de se calmer. Les choses sont depuis rentrées dans l'ordre. Qu'attendez-vous de Paris ? Son appui dans le cadre multilatéral pour négocier avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. On voudrait que la France soit notre porte-parole auprès de ces institutions et de l'Union européenne. Le cas de Mayotte est-il désormais réglé ? On ne peut absolument pas dire ça. Mayotte est un problème qui existe. Nous nous sommes simplement entendus avec Jacques Chirac pour qu'il n'empêche pas une coopération. Mais on plaide toujours pour une Mayotte comorienne même si nous sommes conscients que ça ne peut pas se faire d'un coup de baguette magique. Et, nous refuserons une évolution du statut de cette île. Je vous rappelle que pour l'ONU, les Comores comportent quatre îles, et que le dirigeant comorien qui bradera Mayotte n'est pas encore né. Cette coopération s'étendra-t-elle, comme le demandent les autorités françaises, jusqu'à une lutte contre les clandestins qui partent des Comores pour débarquer sur Mayotte ? Il y a là un blocage. La France appelle ces gens «clandestins» et leur impose des visas. Pour nous, c'est tout simplement des Comoriens qui se rendent dans une autre partie des Comores. Le vrai drame est que beaucoup de nos jeunes qui tentent cette traversée y trouvent la mort. Mais je n'ai pas de solution à apporter à ce problème. La période de calme que traverse l'archipel ne pourrait pas un peu tarir ce flux ? On a passé le cap le plus dur. Les institutions sont en place, les élections se sont bien passées. On a démontré que les Comores sont en sortie de crise. Mais la rechute est toujours possible. C'est pour cela qu'il faut s'atteler au développement du pays, à l'éducation des jeunes, qui sont les seules solutions à l'instabilité politique et à l'immigration. Vous ne redoutez pas la montée d'un islam extrémiste ? Rien ne dit qu'il y a chez nous des fanatiques, même si un terroriste connu est né aux Comores. Notre islam est tolérant. Mais nous sommes fragiles car nous sommes pauvres. Il faut éviter que les jeunes désoeuvrés ne deviennent les esclaves de cette idéologie extrémiste. Cela n'est pas spécifique aux Comores. C'est un phénomène mondial. Les États-Unis nous apportent leur aide dans le cadre de la sécurité. Mais, je le répète, c'est le développement qui compte surtout. Tous les problèmes sont liés. 
Rencontre entre A. Azali et Jean-Louis debré, président de la chambre des députés français
|