Du côté de Mayotte, la quatrième île de l'archipel des Comores restée sous administration française après l'indépendance, les choses sont claires : les anjouanais y ont pris dans l'esprit des habitants la place qu'ont les maghrébins en France. Ce sont eux qui volent, ce sont eux qui viennent « manger le pain des mahorais », le bruit et l'odeur, etc. etc. On a droit à Mayotte à toute la panoplie xénophobe quand il s'agit de parler des « anjouanais ». Du côté des Comores indépendantes, les choses sont plus confuses. Certes, la pression démographique qui s'exerce sur Anjouan, la plus forte densité de population avec près de 600 habitants au km², pousse ses habitants à quitter leur île pour « faire leur vie », comme ils disent, sur les îles voisines. Sont-ils toujours les bienvenus? Evidemment non, même si les rapports sont moins difficiles qu'à Mayotte. Ainsi, à Mohéli, l'île la plus paisible de l'archipel, un habitant, parlant de son village et des anjouanais qui se sont installés aux alentours, regrette que « les anjouanais ne respectent pas la nature ». Il déforestent pour installer leurs champs, ne se soucient pas de préserver le corail quand ils pêchent... Si la remarque est faite sans agressivité, elle n'en demeure pas moins et met le doigt sur un des graves problèmes d'Anjouan : l'environnement. Mais la situation la plus ambiguë est celle qui existe entre Grande Comore et Anjouan, les deux îles les plus importantes de l'archipel. Chacune d'elle veut être la locomotive des Comores et chacune d'elle a des arguments : Anjouan avec son port et Grande Comore avec son statut de capitale. Cette compétition amène à des projets absurdes comme celui qui consisterait à agrandir le port de Moroni, en Grande Comore pour lui faire atteindre le niveau de celui de Mutsamudu à Anjouan, et l'agrandissement de l'aéroport de Ouani à Anjouan pour qu'il puisse rivaliser avec celui d'Hahaya. Si ces projets devaient se concrétiser (ce n'est pas encore le cas au début de 2010), ce serait un nouveau gouffre financier pour des installations qui feraient double-emploi alors que tant de manques existent encore au niveau des infrastructures comoriennes. Historiquement, Anjouan est la porte d'ouverture de l'archipel sur le monde. Son port permet depuis des siècles de commercer avec les côtes de l'Afrique de l'Est et avec les autres îles de la région, Madagascar et Zanzibar, notamment. Ces liaisons sont encore très actives, même si de nombreux bateaux font maintenant escale à Moroni avant de rallier les côtes africaines. Cette ouverture sur le monde se fait d'ailleurs sentir beaucoup plus à Anjouan que sur les autres îles, par le patrimoine historique qu'elle conserve. Ainsi, la médina de Mutsamudu est plus vaste que celle de Moroni et celles de Domoni ou Moya démontrent que l'île a longtemps été la plus avancée. Domoni a d'ailleurs été entre le XVème et la fin du XVIIIème siècle, la capitale du sultanat d'Anjouan. Des vestiges comme la citadelle de Mutsamudu, les ruines des remparts de Domoni sont sans égal dans l'archipel. Pression démographique plus une tradition de voyageurs, il n'en fallait pas moins pour que les Anjouanais deviennent des migrants en puissance.
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